Si vous avez déjà lu des bouts de ce blog, vous savez que je m’appelle Thomas. Vous savez aussi que je ne m’appelle pas vraiment Thomas. Je l’admets, j’aime l’anonymat. Les quelques Français qui séjournent ici dans cette maison d’hôtes connaissent mon veritable prénom – je ne pense pas toujours à dire à mes interlocuteurs que je suis quelqu’un d’autre. Ils avaient envie de bavarder un peu. Ils n’avaient pas remarqué, tandis que je me préparais de quoi dîner, que je souhaitais être tranquille. Mais bon, peu importe. Comme je suis bien élevé, j’ai dit bonjour, je leur ai demandé comment s’était passée leur journée. Ils m’ont interrogé sur la mienne. Et tandis que je dégustais mes pâtes, debout adossé au plan de travail, l’un d’eux avait quasiment le nez dans mon assiette. Je lui demande : – Tu veux goûter ? Il a secoué la tête et a suggéré qu’on ouvre une bouteille de vin. J’ai renchéri : - Monsieur a du savoir-vivre.
Celui avec qui je partage la salle de bains jette un œil sur le cahier dans lequel les hôtes consignent leurs consommations : - Thomas… qui est ce Thomas ? On l’a loupé, celui-là.
Thomas, c’est moi mais j’ai préféré me taire.
lundi 13 avril 2009
samedi 4 avril 2009
une bière et une baleine

Coffee on the Rocks, Gansbaai ; tel : 028 3842017, fully licences bistro, open today 10:00 – 17:00 / photo © Thomas Mars
La vue est à couper le souffle. Je déjeune et j’admire une baie où baleines* et dauphins viennent nager toute l’année. Je n’en ai pas vus aujourd’hui mais la vue me suffit. C’est l’automne (n’oubliez pas que dans l’hémisphère sud, les saisons sont inversées) et il fait 33° à l’ombre. La voiture est garée en bas, à quelques mètres. Une voiture que je ne devrais pas conduire. Oui, d’une certaine façon, je suis un criminel. Parce que, si vous vous rappelez ce que j’ai écrit il y a un moment, j’ai "perdu" mon permis de conduire. D’abord parce que je conduis sans permis et ensuite parce que j’ai bu deux bières – boire ou conduire…
Chaque fois que je prends la voiture, je dois me répéter : conduis à gauche, à gauche ! … Oh, les voilà : des phoques !!! Les enfants descendent l’escalier du coffee shop pour atteindre les rochers et voir les phoques. Pauvre idiot que je suis, je reste là à siroter ma bière.
Merci Vanessa pour la compagnie, pour la tarte féta épinards et pour le bel oiseau qui nous a rendu visite pendant que nous parlions. A bientôt.
Chaque fois que je prends la voiture, je dois me répéter : conduis à gauche, à gauche ! … Oh, les voilà : des phoques !!! Les enfants descendent l’escalier du coffee shop pour atteindre les rochers et voir les phoques. Pauvre idiot que je suis, je reste là à siroter ma bière.
Merci Vanessa pour la compagnie, pour la tarte féta épinards et pour le bel oiseau qui nous a rendu visite pendant que nous parlions. A bientôt.
*La Baleine Franche Australe retrouve tous les ans les rivages de Walker Bay – de juillet à décembre – pour s’accoupler, donner naissance et jouer jusqu’à son départ vers les eaux froides au large de l’Antartique pour le restant de l’année. Certaines baleines – ne me demandez pas pourquoi, je ne suis pas spécialiste – ont élu domicile dans la région de façon permanente ; soit pour tenir compagnie aux dauphins ou pour s’acquitter de leur devoir touristique.vendredi 3 avril 2009
moi et Tom Hanks
Qu’est-ce que j’ai dans ma valise ? Un bermuda, un slip de bain, quatre slips, trois t-shirts blancs, un t-shirt bleu, un polo, deux pulls légers, une casquette, des tongues, ma paire de Camper que j’avais envisagé de jeter à Paris, des chaussettes, un nécessaire de toilette, des livres, un appareil photo, un ordinateur portable, mon passeport et un ouvre-boîtes.
Dans mes pensées les plus sombres et ridicules, j’avais pensé à ce film où Tom Hanks interprétait le rescapé d’un crash et se retrouvait seul sur une île déserte ; je me souviens de ces scènes où il se blessait parce qu’il ne parvenait pas à ouvrir les boîtes de conserve miraculeusement échouées à ses pieds. Voici à quoi je pensais lorsque j’ai subtilisé l’ustensile dans un des ces hôtels miteux pendant ma semaine parisienne, ne sachant pas à quelle sauce je serais mangé, ne sachant pas où me mèneraient mes divagations, ignorant même si, dans un accès d’inconscience – ou de lucidité – je n’aurais pas sauté d’un pont pour en finir. Dans une réponse à ma lettre, C écrivait quelque chose comme « tu aurais pu choisir de partir de façon plus digne ». Je lui ai répondu qu’il s’agissait d’un suicidé raté. En ce sens que j’avais sérieusement songé à mettre fin à mes jours mais que je n’en avais pas eu le courage.
Dans mes bagages, j’ai même un couteau de cuisine de 20cm – Tiaan l’a vu et il en était bouche bée. Je vous avais dit de ne pas dire que c’était dangereux de me promener nu. Heureusement que la femme de ménage de Jonathan n’a pas mis son nez dans affaires. Elle aurait été terrifiée.
Dans mes pensées les plus sombres et ridicules, j’avais pensé à ce film où Tom Hanks interprétait le rescapé d’un crash et se retrouvait seul sur une île déserte ; je me souviens de ces scènes où il se blessait parce qu’il ne parvenait pas à ouvrir les boîtes de conserve miraculeusement échouées à ses pieds. Voici à quoi je pensais lorsque j’ai subtilisé l’ustensile dans un des ces hôtels miteux pendant ma semaine parisienne, ne sachant pas à quelle sauce je serais mangé, ne sachant pas où me mèneraient mes divagations, ignorant même si, dans un accès d’inconscience – ou de lucidité – je n’aurais pas sauté d’un pont pour en finir. Dans une réponse à ma lettre, C écrivait quelque chose comme « tu aurais pu choisir de partir de façon plus digne ». Je lui ai répondu qu’il s’agissait d’un suicidé raté. En ce sens que j’avais sérieusement songé à mettre fin à mes jours mais que je n’en avais pas eu le courage.
Dans mes bagages, j’ai même un couteau de cuisine de 20cm – Tiaan l’a vu et il en était bouche bée. Je vous avais dit de ne pas dire que c’était dangereux de me promener nu. Heureusement que la femme de ménage de Jonathan n’a pas mis son nez dans affaires. Elle aurait été terrifiée.
lundi 30 mars 2009
deux mecs dans une cage
Sébastien, grâce à qui j'ai rencontré les requins (mais non, ça n'est pas moi, banane! [pour répondre au mail d'un lecteur, je ne posterai aucune photo de ma pomme... pour le moment]Oui ! J’ai vu les Grands Requins blancs. Et je peux vous assurer que c’est une expérience incroyable ! Si l’on m’avait dit, voici une semaine, que je serais en pleine mer, en train de plonger dans une cage, j’aurais regardé cette personne droit dans les yeux et dit « ça ne va pas, la tête ? »
Samedi dernier, j’ai été chaleureusement accueilli au restaurant De la Mer par Sarah et Jonathan. Je suis heureux de les avoir rencontrés, eux et d’autres gens tout aussi adorables. Il y avait ce Français qui était à peine arrivé du Cap. Il ne parlait pas un mot d’Anglais ; il dînait tout seul dans son coin. Sarah était triste pour lui. Elle s’est efforcée de le mettre aussi à l’aise que possible. Jonathan et Sarah m’ont demandé de lui parler et de l’inviter à notre table pour lui offrir un verre.
C’est comme ça que Sébastien et moi nous sommes rencontrés.
Il venait à Gansbaai pour voir les Grands Requins blancs. Pour prendre des photos et des vidéos. Lorsqu’il m’a demandé : est-ce que tu veux venir ? J’ai hésité… mais pas longtemps.
A environ 6 heures du matin, j’étais sur le perron de la compagnie proposant la sortie en mer. J’avais l’impression d’attendre que le Père Noël descende de la cheminée. Mais au lieu de Légos, on m’offrait l’opportunité de rencontrer des requins. Merci Jonathan pour le cadeau “dentesque”.
Une fois passé la combinaison et le masque qu’on vous remet, il est temps d’embarquer et de dire ses dernières prières. Le soleil levant dardant ses généreux rayons sur un océan étal est une vision aussi inoubliable que celle des Grands Blancs. Nous étions une douzaine de personnes venues vivre une fois dans leur existence le frisson que procure un face-à-face avec la vie sauvage.
Pour Sébastien, ça n’était pas une fois mais neuf fois. Chaque fois, m’a-t-il dit, c’était un pur bonheur. A bord, on n’a pas besoin d’autre chose que d’un maillot de bain et d’ouvrir grand les yeux. Nulle obligation d’aller dans la cage ; on voit très bien les requins depuis le pont. Mais il vaut mieux ne pas rentrer avec des regrets. Autant plonger.
Après avoir passé combinaison et masque, je suis entré dans l’eau, me suis agrippé aux barres rouges. Il suffit d’observer attentivement le machin jaune au bout de la corde et d’attendre. Ca ressemble à la pêche. Il faut être patient.
Alors… de quoi peuvent bien parler deux Français enfermés dans une cage, tandis qu’ils attendent que les Grands Blancs viennent leur montrer leur grande gueule ? Quand j’ai aidé cette femme qui gelait et avait de l’eau dans son masque, Sébastien a eu un petit rire qui signifiait “N’en profite pas”. J’ai répondu : que veux-tu que je fasse avec une femme ? Les cris d’une mouette ont empli le silence. Oh, a-t-il répliqué, c’est pour ça que tu es parti ? Non, non, j’ai dit. Tout le monde est au courant. C’est juste que j’avais l’impression de ne pas vivre ma vie. Soudain l’homme a crié : Plongez, vite, en v’là un gros.
Il mesurait environ 3 mètres. Impossible de le louper tant il a nagé près de nous. J’étais hypnotisé. Vous ne l’aviez vu qu’à la télé et là, vous êtes dans les mêmes eaux, tout près de cet effroyable prédateur. Il est venu droit sur nous, nous montrant sa belle dentition, il a pris l’appât puis il a disparu.
Oui, je crois que je vais recommencer, avant de retourner au Cap.
(le requin s’est coincé dans la corde mais il a réussi à se libérer; son déjeuner, il ne l'a pas volé)
Un grand merci à Sébastien pour la vidéo
chers maman, papa, chère soeur
Voici la lettre que j'ai écrite quelques jours après être parti :
Chers Maman, Papa & S,
Ma disparition s'est faite sur un coup de tête. J'ai tout laissé derrière moi, avec ce que cela comporte comme difficultés (pour moi et pour les autres). Je dirais pour être honnête que ça couvait depuis pas mal de temps sans que j'ose me l'avouer. Partir et tout laisser derrière soi est la chose la plus dure que j'ai jamais faite. Penser à la souffrance que j'infligeais à ma famille et mes amis ne m'a hélas pas empêché de disparaître. Pour A, j'ai conscience qu'il s'agit d'une trahison amicale dont elle peinera à se relever et j'ignore si je me le pardonnerai un jour. Faire preuve de lâcheté n'est pas « moi » … et pourtant, c'est une partie de moi que j'ai découverte. Il ne se passe pas un jour sans que je pense à Papa, Maman, S, mes nièces, A, B et mes amis. Mais je ne peux pas me permettre de culpabiliser au risque de m'écrouler. J'ai envie de vivre, ça, vous pouvez en être assurés. J'ai un besoin viscéral de changer d'air. Prendre le temps de réfléchir posément et de rebondir. Ne vous inquiétez pas, je vais aussi bien qu'il est possible d'aller dans ce genre de circonstances. Du plus profond de mon coeur, je vous demande pardon, à Papa, Maman, S, à A et à B.
Thomas
Chers Maman, Papa & S,
Ma disparition s'est faite sur un coup de tête. J'ai tout laissé derrière moi, avec ce que cela comporte comme difficultés (pour moi et pour les autres). Je dirais pour être honnête que ça couvait depuis pas mal de temps sans que j'ose me l'avouer. Partir et tout laisser derrière soi est la chose la plus dure que j'ai jamais faite. Penser à la souffrance que j'infligeais à ma famille et mes amis ne m'a hélas pas empêché de disparaître. Pour A, j'ai conscience qu'il s'agit d'une trahison amicale dont elle peinera à se relever et j'ignore si je me le pardonnerai un jour. Faire preuve de lâcheté n'est pas « moi » … et pourtant, c'est une partie de moi que j'ai découverte. Il ne se passe pas un jour sans que je pense à Papa, Maman, S, mes nièces, A, B et mes amis. Mais je ne peux pas me permettre de culpabiliser au risque de m'écrouler. J'ai envie de vivre, ça, vous pouvez en être assurés. J'ai un besoin viscéral de changer d'air. Prendre le temps de réfléchir posément et de rebondir. Ne vous inquiétez pas, je vais aussi bien qu'il est possible d'aller dans ce genre de circonstances. Du plus profond de mon coeur, je vous demande pardon, à Papa, Maman, S, à A et à B.
Thomas
moi et la police
C’est la chose la plus insensée que j’ai faite de toute ma vie. C’était comme de se kidnapper soi-même. C’est en tout cas l’impression que j’ai eue lorsque j’ai appelé la police. Trois jours avaient passé depuis ma disparition et la police me cherchait. Ma meilleure amie avait lancé un avis de recherche. Comment est-ce que je l’ai su ? J’ai appelé B parce que j’avais besoin d’aide. B et son petit ami C sont les seules personnes à savoir que je suis en Afrique du Sud. D’une certaine façon, ils sont mes passeurs. Ils m’ont nourri, blanchi et logé pendant une semaine. Ils m’ont été d’un grand secours. B m’a conseillé d’avertir la police et leur signaler que j’allais bien. J’ai eu une longue discussion avec Karine – une voix douce. Une étrange mais réconfortante conversation. Elle m’a remercié d’avoir appelé. Je lui ai dit que j’étais incapable de parler à quiconque de mes proches – au risque de m’effondrer. Que j’avais besoin de partir. De tenter une nouvelle vie. Vous avez bien fait d’appeler, m’a-t-elle confié, parce que vous n’auriez pas pu aller très loin. Vos amis, votre famille étaient inquiets. Nous nous aurions interrogé. Vous auriez loupé votre avion. Oh, vous… alors vous savez que je prends l’avion. Oui. Nous vous avons vu. Mais ne vous inquiétez pas, nous ne vous empêcherons pas de voyager. Bonne chance, m’a-t-elle dit. Puis elle a raccroché.
pendant ce temps-là
cliquez sur l'image pour l'agrandir(le site officiel de la ville du Cap ... oh, j'ignorais qu'ils accueillaient la prochaine coupe du monde de football... ça explique toutes ces grues que j'ai vues ... et le nouveau stade aussi (suis bête quand je m'y mets)
Je vais à la plage (je ne vous taquine pas, non! C'est ma première fois à la plage depuis mon arrivée! je l'ai bien méritée, non?) Si vous voulez qu'on se croise, rendez-vous à Clifton Beach, Clifton 3, le mec avec un slip de bain bleu marine, chauve et une barbe d'une semaine, c'est moi.
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